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21.10.2008, 16:46 GMT
La marque Sanlu est au centre du scandale du lait contaminé en Chine (Image: China News Service)Avec plus de 53.000 nourrissons atteints de calculs rénaux, dont quatre sont décédés, le scandale du lait contaminé à la mélamine s’est étendu à toute la Chine et à l’étranger. Comment en est-on arrivé à une telle crise? Quels sont les dispositifs de contrôle en Chine? Comment les autorités chinoises ont-elles tenté de gérer cette crise?
Avec Franck Desevedavy, Avocat associé chez UGGC à Pékin, Jean-Marc Chaumet, chercheur à l'INRA, Philippe Le Corre, Associé chez Publicis Consultants.
La contamination d’aliment par de la mélamine n’est pas un fait nouveau en Chine. L’année dernière, un scandale concernant l’alimentation pour animaux domestiques contaminée par ce produit chimique avait déjà été révélé aux États-Unis. Mais pourquoi ajouté ce produit chimique aux aliments? La mélamine permet de faire apparaître un taux de protéine supérieur à celui réellement contenu dans l’aliment. Cette méthode, illégale et dangereuse, est pratiquée car, en Chine, les aliments ont souvent un niveau trop faible en éléments essentiels en raison de la mauvaise qualité de nutrition du bétail.
Dans le cas du lait frelaté, un des problèmes qui a permis l’existence d’un tel scandale est que les tests de qualité du lait ne comportent pas de tests de présence de mélamine.
Selon la loi chinoise, les contrôles de qualité des produits est, comme en Europe, à la charge des entreprises. Les organismes de l’état jouent un rôle de double contrôle. De plus, la complexité du système du contrôle de qualité joue également un certain rôle dans ce scandale.
Il existe en Chine cinq, voir six, agences de surveillance de la qualité, chacune responsable dans différents domaines. Jean-Marc Chaumet énonce les différentes responsabilités et dénonce un paradoxe. Par exemple, selon cet ancien attaché économique à l’ambassade de France à Pékin, “le ministère de l’agriculture est en charge de la sécurité des produits primaires (…) ; l’administration de la qualité s’occupe de la transformation des produits agricoles ; l’administration pour le commerce et l’industrie s’occupe des marchés alimentaires ; le ministère de la santé s’occupe des restaurants et des cantines…” Ces différents organismes sont supposés être coordonnés par la State Food and Drug Administration. Et c’est là que se situe le paradoxe. Cette dernière administration a un rang de vice-ministère alors qu’elle est supposée chapeauter des entités qui, elles, sont au rang de ministère.
Une confusion de rang des organismes de contrôle qui se double d’une confusion des pouvoirs et normes politiques. Car, une nouvelle fois, l’ambiguïté entre le pouvoir central chinois et les pouvoirs locaux est en question. Tout d’abord, comme le précise Jean-Marc Chaumet, les normes peuvent varier selon les provinces. Certaines, les plus riches, sont plus avancées que les provinces plus reculées et qui bénéficient de moins de fonds. Ensuite, les provinces plus éloignées et plus pauvres ont parfois intérêt à laisser en activité des entreprises illégales ou peu scrupuleuses afin de préserver les recettes fiscales et l’emploi.
Depuis la prise en main par Pékin de la gestion de la crise, la Chine a néanmoins décidé d’aligner ses normes aux standards européens. Les niveaux de tolérance pour la présence de mélamine ont été fixes à 1mg/kg dans les produits laitiers pour enfants et à 2,5 mg/kg pour les produits composés à plus de 15% de lait. À titre indicatif, le taux de mélamine dans le lait Sanlu pouvait s’élever à 2.563 mg/kg!
11 marques du groupes Cadbury, notamment les chocolats Dairy Milk, ont été retirés de la vente suite au scandale du lait frelaté (Image: Wikipedia)
Selon l’enquête officielle, les centres de collecte du lait ont joué un rôle majeur dans la crise. Mais les multinationales comme Nestlé, Fontera, Cadbury ou Unilever, ne sont pas pour autant libre de toute responsabilité (morale). Pour s’implanter dans l’Empire du Milieu, ces grands groupes internationaux doivent généralement passer par un système de coentreprise. De l’organisation de la coopération dépend le niveau de responsabilité des partenaires. Une coentreprise formée d’un capital à parts égales par les deux partenaires doit impliquer, par exemple, une responsabilité égales des différents partenaires.
Et, Franck Desevedavy soutient qu’il ne faut pas incriminer directement les seules entreprises chinoises. Il rappelle que dans le cas du scandale des jouets “made in China”, l’année dernière, il s’est avéré, plusieurs mois après, qu’une majeure partie de la responsabilité était à imputer à la multinationale occidentale du fait de défauts de conception et de contrôle de la qualité. Selon cet avocat, il est par conséquent encore trop tôt pour définir toutes les responsabilités du lait à la mélamine.
Apparue au grand jour début septembre, il a été démontré que les premiers bébés malades l’ont été il y a plusieurs mois et que des autorités provinciales, notamment celle du Hebei, la province où se situe le siège de Sanlu, étaient au courant d’un problème concernant le lait en poudre Sanlu.
Franck Desevedavy émet la suspicion que les pouvoirs locaux aient tenté de ne pas dévoiler l’information sur le plan national et aient tenté de gérer la crise localement.
“Ce qui est sûr, c’est que les médias chinois (..) ont été sous l’instruction claire de ne pas divulguer cette affaire pendant les Jeux Olympiques qui se sont terminés à la fin du mois d’août”, dit Philippe Le Corre.
La rétention de cette information ayant pour principal objectif de ne pas ternir l’image de la Chine avant ou pendant que Pékin démontrait sa modernité au monde à travers les Jeux Olympiques.
Une question d’image mal gérée qui si elle n’a pas nuit aux Jeux Olympiques, porte un nouveau préjudice à l’image de la sécurité alimentaire en Chine et aux produits “made in China”.
Auteur: Daniel Ernult
Source: Chine Hebdo, Chine Nouvelle