Forum sur la coopération sino-africaine, un indicateur de la progression de la Chinafrique

18.11.2009, 13:31 GMT

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Depuis 2000, le Forum sur la coopération sino-africaine a lieu tous les trois ans, alternativement en Chine et en Afrique. En raison de la croissance des échanges entre le géant asiatique et le continent noir, ce sommet est considéré aujourd'hui comme plus important que les forums France-Afrique, et représente un moment incontournable pour les acteurs économiques et politiques sino-africains.

"Promouvoir sur tous les plans le nouveau partenariat stratégique sino-africain". La formule adoptée par le ministère des Affaires étrangères chinois, afin de présenter sur son site internet l'allocution du Premier ministre Wen Jiabao en ouverture du 4e Forum sino-africain, est à la fois vague et révélatrice des ambitions de l'Empire du milieu en Afrique : devenir un partenaire privilégié dans tous les domaines, et plus si affinités...

Les huit nouvelles mesures pour la coopération sino-africaine

Le chef du gouvernement chinois, représentant son pays en Egypte, a ainsi exprimé de vive voix huit mesures applicables sur trois ans et portant sur des domaines allant de la lutte contre le réchauffement climatique à un élargissement des échanges culturels. Les points les plus marquants concernent l'attribution à venir de 10 milliards de dollars de crédits préférentiels, la mise en place d'un crédit d'un milliard de dollars pour soutenir les PME africaines ou encore l'annulation de certaines dettes gouvernementales et l'ouverture progressive du marché intérieur chinois pour les pays ayant des relations diplomatiques avec la Chine...

Au-delà de l'aspect financier, le soutien dans le développement d'infrastructures et du personnel n'est pas négligeable : formation de 2000 techniciens agricoles africains, fourniture d'équipements médicaux et anti-paludisme pour une valeur de 500 millions de yuans, formation de 3000 médecins et infirmières, construction de 50 écoles d'amitié sino-africaine...

Pékin a donc décidé de ne pas ménager ses efforts pour renforcer son lien de plus en plus privilégié avec le continent noir. Mais celui-ci n'était pas forcément aussi important il y a dix ans de cela, preuve que le forum sino-africain porte ses fruits et s'avère un excellent révélateur du rapprochement entre les deux entités.

Un sommet qui monte en puissance

Pour la première édition en octobre 2000 à Pékin, étaient présents le président chinois de l'époque, Jiang Zemin, ainsi que Hu Jintao (alors vice-président) et les représentants de 44 pays et 17 institutions internationales et régionales. La rencontre s'était conclue avec une déclaration commune et l'établissement d'un programme de coopération économique et sociale.

En 2003, à Addis-Abeba, c'était déjà le Premier ministre Wen Jiabao qui représentait la Chine face à plusieurs hauts dirigeants de pays africains. A cette occasion avait été mis sur pieds un plan d'action sur deux ans (2004-2006).

Trois ans plus tard, de nouveau à Pékin, le sommet symbolisait parfaitement les progrès des échanges sino-africains : Hu Jintao, le président chinois, était accompagné de chefs d'État et gouvernements de 35 pays différents, et la Chine offrait pour environ 5 milliards de dollars de prêts préférentiels à l'Afrique...

Le Forum de Charm El Cheikh (Egypte) en novembre 2009 n'a fait que conforter la tendance : 49 pays représentés pour entendre la promesse de nouveaux prêts préférentiels de 10 milliards de dollars, la création d'un fonds spécial d'un milliards de dollars pour les PME africaines ainsi qu'un engagement chinois à améliorer les conditions de vie des populations pauvres...

La Chine pragmatique

Vu d'Europe, la présence chinoise en Afrique est souvent présentée comme de l'opportunisme voire du néocolonialisme. Dans les faits, la situation est plus complexe et subtile.

Il est vrai en effet que la Chine vise les matières premières du continent noir, indispensable pour soutenir sa croissance. Et pour cela, l'Empire du milieu n'hésite pas à se faire le partenaire d'États dits "voyous" et peu démocratiques comme le Soudan.

Les raisons de cette politique pragmatique sont relativement logiques : la Chine est arrivée tardivement en comparaison avec les anciennes puissances coloniales, et s'est concentrée en priorité sur les secteurs et pays que ces dernières avaient délaissés.

Pour mener à bien son implantation, Pékin use d'un argument politique qu'elle affectionne particulièrement : la non-ingérence dans les affaires intérieures, ce qui lui permet de justifier sa tolérance envers les pays peu regardants sur les libertés individuelles, et d'exiger entre autres de ses partenaires la non reconnaissance de Taïwan.

Mais la Chine a une autre qualité aux yeux de ses partenaires africain : s'impliquer dans la construction d'infrastructures et posséder de fonds nécessaires pour prêter aux États.

Aujourd'hui, la présence chinoise en Afrique progresse à un rythme effréné. En 2005, on recensait plus de 800 entreprises chinoises sur le continent, un chiffre modeste par rapport au nombre de sociétés françaises, mais incluant principalement des poids lourds comme Sinopec et non des PME.

Cette évolution fait donc peur aux rivaux de la Chinafrique, qui pensent le continent noir trop sous le charme pour pouvoir résister. Mais de plus en plus d'observateurs s'accordent pour relativiser ce partenariat géant : d'une part, les intentions chinoises n'apparaissent plus sur place autant désintéressées qu'aux origines -sauf si on se fie aux déclarations de bonnes intentions officielles- et d'autre part, ce nouveau prétendant peut apporter une nouvelle opportunité à l'Afrique pour faire valoir ses intérêts face à ses alliés historiques...

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Auteur: Nicolas Jucha



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