L'actualité chinoise de l'été

06.09.2007, 03:30 GMT

[Click for a bigger view]La sécurité des jouets fabriqués en Chine en question lors de cet été (Image: China News Service)La sécurité des jouets fabriqués en Chine en question lors de cet été (Image: China News Service)

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Vous étiez en vacances ? Vous avez manqué l'essentiel de l'actualité chinoise de l'été ? La qualité des produits "made in China", les relations diplomatiques chinoises, l'implication des institutions financières chinoises dans la crise des Subprime, l'OCDE qui remet un rapport sur les retards de la Chine en matière d'innovation… Nous retraçons pour vous les points brûlants qui ont marqué la Chine lors de la période estivale.

Avec Alain Crouzat directeur de Montségur Finance ; Valérie Niquet, sinologue, japonologue et directrice de l'Institut Français des relations Internationales (IFRI) ; et Jean-Luc Domenach, sinologue et directeur de recherche au Centre d'Études et de Recherches Internationales (CERI) à Sciences Po Paris.

"Made in China": quand la qualité met en jeu la sécurité

Le sujet majeur de l'actualité estivale chinoise est sans conteste les nombreux scandales qui ont éclaté suite aux problèmes de qualité et de sécurité des produits fabriqués en Chine. De l'antigel dans les dentifrices, de la mélanine dans de la nourriture pour animaux, et le dernier cas en date, des jouets colorés avec de la peinture contenant du plomb obligeant le groupe Mattel à rappeler plus de 18 millions de jouets à travers le monde.

Créant de nouvelles tensions avec les États-Unis, la question de la sécurité des produits fabriqués dans l'Empire du Milieu aura néanmoins permis au pouvoir central chinois de lancer la chasse aux "mauvais exportateurs" chinois.

Alain Crouzat affirme que ce problème des produits chinois est la preuve que la maîtrise des processus de qualité est un des challenges les plus importants que doit relever la Chine dans son accession au titre de puissance économique mondiale reconnue.

Jean-Luc Domenach va plus loin, plus qu'un fait d'actualité, la question qui se pose est celle de la responsabilité des pouvoirs locaux, ou plutôt, comme les nomme Domenach, "les mafias locales", qui "n'en font qu'à leur tête" et qui ne respectent en aucune façon les injonctions du pouvoir central qui, lui, demande une amélioration de la qualité des produits et une baisse du coût de l'énergie par unité de bien produit. Pour le directeur du CERI, c'est d'ailleurs là que se situent les enjeux principaux du prochain Congrès du parti communiste chinois : savoir si le gouvernement central parviendra à faire appliquer ses décisions aux autorités locales.

Comment la Chine est-elle affectée par la crise des Subprime ?

La Bourse de Shanghai a perdu 6% à la mi-journée ce mercredi 30 mai (Image: China News Service)La Bourse de Shanghai a perdu 6% à la mi-journée ce mercredi 30 mai (Image: China News Service) Malgré la hausse de leurs bourses, la Chine est elle aussi touchée par la crise des subprimes aux États-Unis. Les taux d'intérêt chinois étant faibles, les investisseurs chinois ont cherché de meilleurs profits financiers ont été amenés à investir dans "les emprunts un peu pourris" sur le marché américain des obligations immobilières.

Bank of China, par exemple, a injecté 11 milliards de dollars dans les subprimes. Si les conséquences pour la Chine ne sont pas connues dans tous les détails, il est néanmoins certain que les institutions chinoises ont été plus touchées qu'elle ne l'aurait dû l'être.

À nouveau, Jean-Luc Domenach rattache ces investissements plus importants que prévu à la question plus large de la maîtrise du régime chinois sur son économie en ébullition. Il tire les mêmes conclusions que pour la qualité des biens produits en Chine : tout dépendra du prochain Congrès et des conclusions de celui-ci sur l'application des décisions de Pékin dans le reste du pays.

Les questions stratégiques et politiques

Les États-Unis et la Chine se sont accordés sur la suppression de barrières commerciales (Image: China News Service)Les États-Unis et la Chine se sont accordés sur la suppression de barrières commerciales (Image: China News Service) Ce n'est presque uniquement dans ses relations avec les États-Unis que se sont produits les plus gros remous diplomatiques de l'été. Les relations entre Pékin et Washington se sont fortement dégradées suites à différentes confrontations économico-financières entre les deux pays. Les problèmes de qualité des produits chinois exportés aux États-Unis, le déséquilibre des échanges commerciaux, le refus catégorique d'une réévaluation rapide du yuan, sont autant des sujets qui refroidissent les relations entre les deux puissances.

Des menaces de sanctions, des dépôts de plaintes devant l'Organisation Mondiale du Commerce de la part des États-Unis ont amené une réaction chinoise de nationalisme et de protectionnisme économique. Pékin a, dans la foulée, entrepris le blocage de nombreuses importations de produits américains tels que le soja et les crevettes.

Sur le plan régional, par contre, la diplomatie chinoise s'est montrée assez discrète. Pas de révolution dans le processus de la discussion des Six, qui se veut régler la question du nucléaire nord-coréen, ni même de réaction vive après la nomination de Taro Aso et le remaniement au sein du gouvernement japonais, la Chine ne bronche pas. Valérie Niquet explique cette discrétion diplomatique par la stratégie de Pékin à vouloir maintenir la stabilité de son pourtour à la veille du Congrès et un an avant les Jeux Olympiques.

Toutefois, il faut noter la réunion de l'Organisation de Coopération de Shanghai et les manœuvres militaires réalisées entre la Chine et les autres pays de cette organisation (Kazakhstan, Kirghistan, Ouzbékistan, Russie, Tadjikistan, Inde, Iran, Mongolie, Pakistan). Le développement de la coopération militaire entre ces pays a pour objectif, non pas de créer une alliance rivalisant avec l'OTAN, mais de réduire l'influence et la présence américaine en Asie centrale.

La Chine n'est toujours que l'atelier du monde

La Chine toujours pas à la pointe de la recherche selon l'OCDE (Image: China News Service)La Chine toujours pas à la pointe de la recherche selon l'OCDE (Image: China News Service) Lors de l'élaboration du XIe plan quinquennal, les instances du parti communiste chinois prônaient le développement du pays vers plus d'innovations et s'engageaient à soutenir la recherche afin de parvenir à une plus grande indépendance technologique. Certes, de nombreuses multinationales ont ouvert des centres de recherches et des laboratoires en Chine, certes les universités chinoises fournissent de nombreux étudiants ayant fraîchement obtenu leur diplôme d'ingénieur, et certes, un rapport de l'OCDE (Organisation de développement et de Coopération Économique) avait annoncé que l'Empire du Milieu allait prochainement dépasser les États-Unis et le Japon en matière de recherches et développement.

Et pourtant ! Loin de ces prévisions optimistes, l'OCDE fait marche arrière dans un dernier rapport et redéfinit la place de la Chine comme étant plus proche de celle d'usine du monde que celle de centre d'innovation.

Les spécialistes de la Chine ne sont toutefois pas surpris de retour en arrière. Pour Valérie Niquet, les conclusions de ce dernier rapport ne font que confirmer que la notion d'"ingénieur" est en réalité bien éloignée de celle qu'en ont les autres pays. "Ce qu'on appelle ingénieur en Chine, et ce qui pourrait être les niveaux ingénieurs, chercheurs, créateurs est quand même très loin de la réalité", affirme la directrice de l'IFRI. Elle identifie les limites du système chinois qui, selon elle, se trouvent dans le manque de liberté de recherche, de penser et de créer. Ce manque constitue le grand désavantage de la Chine et est responsable de fossé qui sépare le niveau d'un ingénieur chinois et celui d'un ingénieur d'un autre pays émergents, l'Inde par exemple.

Fort de son expérience personnelle en tant que professeur à l'université Qinghua de Pékin, la plus importante université chinoise, Jean-Luc Domenach appuie les propos de Valérie Niquet. "Ils (les Chinois) vont arriver à imiter de mieux en mieux et de plus en plus efficacement. Mais le vrai problème… c'est d'avoir de la qualité". Selon Domenach, la Chine possède un vrai problème de formation, les meilleurs professeurs chinois se trouvant aux États-Unis, les étudiants sont souvent "bien meilleurs que les professeurs".

Changement des règles du jeu pour les entreprises étrangères

Un autre fait important de l'été est la décision du gouvernement chinois de durcir sa législation quant aux investissements des entreprises étrangères en Chine. Pour Alain Crouzat, Pékin oscille entre le chaud et le froid. D'un côté il y a l'uniformisation du taux d'imposition des sociétés, de l'autre une réduction des possibilités d'investissement. De manière générale, il estime que la Chine, si elle veut pouvoir monter en gamme, sur les plans de la qualité de ses produits, de la recherche, de l'innovation, aura besoin d'ouvrir ses portes aux capitaux étrangers.

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Auteur: Daniel Ernult