L'Opéra chinois, pas un mais une multitude d'arts

20.11.2009, 13:00 GMT

[Click for a bigger view]Une troupe de Kunqu en représentation en Finlande (Image: Radio86)Une troupe de Kunqu en représentation en Finlande (Image: Radio86)

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Le Centre culturel de Chine à Paris propose cette semaine au public d'assister au 4e Festival des Opéras chinois. Petite tentative de décryptage d'une forme d'art aux nombreuses variantes tout autant méconnues que représentatives de la culture chinoise.

Jusqu'au 22 novembre se tient au Théâtre Sylvia Monfort (106 rue de Brancion à Paris) le 4e Festival des Opéras traditionnels chinois. Le Centre culturel de Chine à Paris entend par là continuer à initier le public français aux différentes variétés de cet art. Nous avons essayé, en marge de cet événement, de vous présenter l'Opéra chinois sous trois de ses caractéristiques majeures : la diversité des styles, leur histoire commune, et l'un de leurs principaux points communs, c'est à dire la classification très particulière des rôles.

Les différentes formes

Comme beaucoup d'autres domaines artistiques et culturels chinois, l'Opéra n'est pas une entité unique mais un ensemble, dont certaines variantes, ou écoles, jouissent d'une notoriété et d'une histoire plus importante que les autres.

A l'image de l'univers des arts martiaux, où un style donne naissance à de multiples variantes au fil des générations et de sa propagation géographique, l'Opéra chinois est une mozaïque. Cependant, beaucoup de styles méconnus tendent à disparaître : selon Zhou Heping, vice-ministre de la Culture au moment où il fut interrogé en 2007 par Radio Chine International, le nombre de formes d'opéras chinois se portait à 368 en 1950, mais était déjà descendu à 267 en 2005.

Toute la problématique aujourd'hui consiste donc à préserver ce qui peut encore l'être, et ainsi éviter que l'Opéra chinois ne se limite dans les années à venir qu'à ses courants majeures.

Les variantes les plus importantes

L'Opéra de Pékin est peut être la forme la plus célèbre et représentée à ce jour, bien qu'elle ne soit apparue que vers la fin du XVIIIe siècle. Elle doit en partie sa popularité à la beauté de ses costumes et de sa gestuelle symbolique, ainsi qu'à la richesse de son répertoire basé sur l'histoire et le folklore. Le plus grand acteur d'opéra chinois, Mei Lanfang, pratiquait cet art.

L'Opéra du Henan est quant à lui devenu populaire à la fin de la dynastie Ming et au début des Qing, le Yuju se divise lui aussi en plusieurs styles et se caractérise principalement par des histoires passionnelles et proches de la vie des gens du commun.

L'Opéra du Shaanxi (Qinxiang) est la forme d'opéra folklorique de la dite province, et est peut être l'une des plus anciennes variantes d'opéra chinois encore existante à ce jour avec le Kunqu, source d'inspiration des plus grands styles modernes comme l'Opéra de Pékin. Pour finir, l'Opéra cantonnais est la forme qui s'est développée dans la région de Canton et a conquis le sud du pays ainsi que Singapoure et la Malaisie.

Petite histoire de l'opéra en Chine

Il est difficile de déterminer quelle fut, dans la longue histoire chinoise, la première forme d'opéra. La plus ancienne référence remonterait à la période des Trois royaumes (220-260), mais le véritable acte fondateur, si l'on peut en isoler un, aurait eu lieu sous la dynastie Tang (618-907) avec la fondation de la première troupe royale, Li Yuan, par l'Empereur Xuan Zong.

Par la suite, sous la dynastie mongole des Yuans (1279-1368) furent créé les grandes catégories de rôles (voir plus bas). Jusqu'à la fin de la période impériale, différentes formes, notamment le Kunqu puis l'Opéra de Pékin, allaient se succéder comme style dominant et le plus populaire.

Sous la République (1912-1949), l'influence des théâtres occidentaux se fit sentir, tandis que dans les zones contrôlées par les Communistes, un style particulier vit le jour et avait pour but de promouvoir les idéaux du Parti.

Au début de la République populaire, l'Opéra continua à être encouragé, des pièces modernes s'ajoutant au répertoire le plus traditionnel. On assista même à la naissance de l'Opéra de Jilin (à Changchun) en 1960. Mais la Révolution Culturelle (1966-1976) allait se traduire par une persécution de l'art et de ses pratiquants à l'exception des «Huit opéras modèles», approuvés par Jiang Qiang, la dernière épouse de Mao Zedongm, et sa «Bande des Quatre».

C'est après la mise à l'écart de ces derniers en 1976 que l'Opéra chinois allait renaître, aussi bien avec des anciennes pièces réhabilitées, notamment celles d'inspiration occidentale, que de nouvelles oeuvres, leur réception étant néanmoins soumise aux atmosphères politiques successives.

Aujourd'hui, l'opéra, et notamment ses formes les plus célèbres telle celle de Pékin, reste considéré comme l'un des plus grands trésors du patrimoine culturel chinois. Néanmoins, sa principale faiblesse réside dans le manque d'intérêt qu'il suscite chez les jeunes générations chinoise.

Les différents rôles dans l'opéra chinois

Le terme «opéra chinois» amène souvent à des incompréhensions en occident, dans la mesure où l'art chinois s'apparente plutôt à un mélange entre opéra et théâtre, avec des pièces pouvant donner une large part à l'action martiale et aux acrobaties.

Répertorier toutes les spécificités des différentes formes s'avérerait trop complexe, voire tout simplement impossible. La classification des personnages, en revanche, est un aspect atypique vu d'un oeil européen, et a l'avantage d'être largement partagée dans les différents styles.

On peut diviser, quelque soit la forme d'opéra, les personnages en quatre catégories, dont les subdivisions sont quant à elles propre aux styles et aux régions géographiques.

Les rôles Sheng : il s'agit de personnages masculins dont fait partie le personnage central de la pièce, et aucune troupe ne peut faire sans au moins un Sheng. Certains de ces personnages incarnent des hommes respectables, d'autres des guerriers...

Les rôles Dan : il s'agit du rôle féminin, longtemps tenu par des hommes, et dans lequel le célèbre Mei Lanfang a construit sa légende. Dans le célèbre film de Chen Kaige «Adieu ma concubine», le regretté Leslie Cheung incarnait avec brio un jeune homme spécialiste de ce type de rôle.

Les rôles Jing : il s'agit de personnages particuliers avec les visages peints. Les couleurs servent alors à indiquer leur personnalité. Ce type de rôle permet d'inclure dans la mise en scène des démons, fantômes ou autres personnages peu communs et puissants.

Les rôles Chou : il s'agit des personnages comiques des intrigues, et ils sont bien souvent secondaires dans celles-ci. Ils peuvent aussi avoir le visage peint, mais ils incarnent en général des individus peu importants et de statut relativement bas.

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Auteur: Nicolas Jucha



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