Un plan de relance addictif ?

04.11.2009, 14:32 GMT

[Click for a bigger view]Une usine à Tianjin (Image: CNSPhoto)Une usine à Tianjin (Image: CNSPhoto)

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L'important plan de relance chinois, lancé en 2008 afin de sortir au plus vite de la crise, semble porter ses fruits : croissance de nouveau exponentielle, reprise de l'activité industrielle... Mais l'optimisme n'est pas complet, et certains observateurs se demandent si l'économie de l'Empire du milieu n'est aujourd'hui pas dépendante des forts investissements gouvernementaux.

Un effort massif du gouvernement chinois

4000 milliards de yuans, tel est l'effort consenti par Pékin en décembre dernier pour sortir la Chine du marasme économique dans lequel la crise mondiale l'avait plongée, comme l'ensemble de la planète.

L'Empire du milieu avait longtemps cru être épargné, mais sa grande dépendance envers ses exportations avait fini par le rattraper. Aujourd'hui, les chiffres et les indicateurs sont au vert : la croissance affiche 8,9% au troisième trimestre 2009, la production industrielle est en hausse de 13,2% en septembre, les ventes de voitures de 78%...

Il faut dire que les sommes investies par le gouvernement représentent 14% du PIB chinois, ce qui implique un plan de relance beaucoup plus conséquent, en proportion, par rapport à ceux des Etats-Unis ou des pays de l'Union européenne.

Améliorer le bien être de la population, les infrastructures et l'innovation

Selon le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, l'effort devait se répartir de la manière suivante : 40% pour l'amélioration du bien être de la population, sachant que le renforcement de la demande intérieure est un vrai besoin pour le pays, 30% pour subventionner les innovations technologiques et 20% pour renforcer les infrastructures.

Selon Ding Yinfan, directeur adjoint du Centre d'études sur le développement mondial à Pékin, récemment invité de l'émission Chine Hebdo sur BFM (voir le podcast en pièce jointe), le plan se traduit sur le terrain de la manière suivante : la construction d'habitations bons marchés, l'amélioration des conditions de vie dans les campagnes, l'établissement d'un système de soins médicaux publics, une amélioration des infrastructures, le développement de technologies propres et du secteur de l'innovation.

Le secteur privé peut-il prendre le relais ?

En Chine, la reprise économique est perçue avec beaucoup d'optimisme, surtout qu'en termes de rapidité, l'Empire du milieu dépasse les attentes au point de se demander, selon Hervé Liévore, analyste stratégiste chez AXA Investment Managers, lui aussi invité de Chine Hebdo, "si la Chine était jamais entrée en crise"...

Cependant, beaucoup d'observateurs non chinois s'accordent pour relativiser l'impact de la reprise économique : l'importance du plan de relance explique les chiffres impressionnants, et selon la Banque mondiale, les investissements de l'Etat assureraient 80% de la croissance du PIB chinois en 2009.

Ce qui amène beaucoup de spécialistes à se demander si l'économie chinoise n'est pas aujourd'hui dépendante des fonds versés par son gouvernement. Le secteur privé peut-il prendre la relève pour poursuivre la dynamique insufflée par le plan de relance ? Telle est la question comme l'écrirait Shakespeare.

Une croissance aux stéroïdes

"C'est une croissance aux stéroïdes" a même déclaré sur lexpansion.com Michael Pettis, professeur de finance à l'Université de Pékin, ajoutant que "la question est aujourd'hui de savoir comment l'Etat fera pour arrêter d'injecter autant d'argent dans le système sans provoquer un coup d'arrêt brutal de la croissance".

Seul l'avenir livrera les réponses, mais probablement pas à court terme : l'indice des directeurs d'achats dans le secteur manufacturier (PMI), publié par la China Federation of Logistics and Purchasing, serait en octobre à son meilleur score depuis dix-huit mois. Et une grande partie de la production serait destinée au marché intérieur même si de nombreux reportages dans les médias font actuellement état de la forte reprise d'activité dans les secteurs industriels chinois, sous l'impulsion d'une grosse demande des pays occidentaux en vue des fêtes de noël.

En clair, la dynamique positive devrait se poursuivre au moins jusqu'à la fin de l'année, et ce n'est qu'ensuite que de réelles conclusions pourront être tirées. Quoi qu'il en soit, la Chine aura sans aucun doute besoin d'une reprise mondiale pour que son plan de relance porte réellement ses fruits à l'échelle nationale.

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Auteur: Nicolas Jucha

Source: L'expansion, La Croix, Le Figaro, cafedelabourse.com, Xinhua